Accueil Etudes et contributions Compte rendu du 2 Mai 2009 « La Poste : amélioration et démocratisation d'un service public menacé »

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Titre Table «  La Poste : amélioration et démocratisation d'un service public menacé »
Résumé : Avec la privatisation de La Poste, se poursuit le démantèlement des services publics en France et en Europe. L’idéologie du profit au détriment de l'intérêt général et l’absence de démocratie au sein de La Poste génèrent beaucoup de violence dans le travail des postiers. Comment pouvons-nous encore défendre les services publics postaux ?   
 
Une nouvelle Poste ou la fin des services publics
 
Depuis plus 1874, avec l’Union Postale Universelle, les Postes du monde ont construit un modèle de développement basé sur le développement et la coopération des systèmes postaux entre chaque pays.  Chaque Poste a pu développer un service public très coûteux à mettre en place en raison de la main d’œuvre nécessaire pour une distribution dans chaque foyer d’un territoire géographique national. Ce modèle a su trouver l’équilibre entre un équilibre économique et un service pour tous.  Les postes du monde se sont développés et modernisés avec les évolutions des techniques.
 
Dans les années 1990,  les services publics sont dénigrés inlassablement : bureaucratie, rigidités, retard dans la modernisation, le monopole, et surtout la dette, gage d’inefficacité.  La commission européenne a déréglementé le marché des services postaux en refusant toute évaluation des bienfaits annoncés.  Les mécanismes de la privatisation sont toujours les mêmes pour livrer au marché les services postaux, les télécommunications mais aussi l’éducation et la santé. La logique de l’économie libérale se répand. La Poste est déjà en concurrence sur 70%  du courrier.  Aujourd’hui, il est difficile de dénoncer les retards de La Poste française tant l’établissement public s’est modernisé à marche forcé. Au courrier, La Poste possède les centres de tri parmi les plus modernes du monde. La Banque Postale a été récemment cité par une revue économique comme ayant les meilleurs services bancaires.  
 
En 2008, sous l’impulsion du gouvernement de Nicolas Sarkozy, le Président de La Poste, Jean-Paul Bailly, a pour instruction de lancer la privatisation avant les élections européennes de 2009 qui pourraient perturber les opérations. La Poste veut pleinement rentrer dans un univers capitaliste où elles s’affrontent et se font maintenant la guerre.  C’est en fait la crise financière en septembre 2008 qui viendra un peu bousculer le processus. Aujourd’hui, les élections européennes passées où chacun a défendu les services publics, le processus de privatisation peut à nouveau redémarrer sans risque.
 
Le nouveau modèle libéral  a pour objectif de maximiser les bénéfices pour racheter ensuite des entreprises du secteur postale en Europe et prendre une position dominante. Demain, il ne restera que 3 ou 4 Postes nous dit-on. Le maintien des services publics est incompatible avec le modèle de concurrence libre et non faussé, tout simplement parce que les subventions croisées sont interdites. Et c’est justement les subventions croisées qui permettent de financer les activités déficitaires par celles qui bénéficiaires. Les entreprises financent pour les particuliers, les villes pour les campagnes, les riches pour les pauvres. La logique marchande entraîne la disparition des services publics et ce n’est pas un fonds de compensation sous-alimenté qui empêchera ce mouvement.
 
Qu’observe-t-on avec les postes qui sont « en avance » sur la France : la poste suédoise, la poste allemande, la poste hollandaise ?  C’est la disparition des bureaux de postes,  la réduction forte du personnel, ce qui réduit en même temps la quantité et la qualité des services aux usagers. Qu’importe ! Ce sont les plus grosses entreprises qui tirent profit des réductions de tarifs, au détriment de l’intérêt général. Les particuliers pourront prendre leur voiture et faire 10 km pour trouver un vrai bureau de poste (capable de faire les 400 opérations postales et pas uniquement vendre des timbres et enveloppes). Le service public s’éloigne de plus en plus des usagers. Le prix du timbre pourra augmenter de 70% comme en Suède.
 
Tout le monde peut déjà constater les conséquences de ces orientations politiques. La Poste, en pressant le citron du travail des postiers, bat chaque année des records de bénéfice. Mais à quel prix ! Les gains de productivité sont importants grâce aux centres de tri ultra modernes  mais aussi grâce à la suppression de 5 000 bureaux de postes et grâce à la suppression de 50 000 emplois en 5 ans. Sans faire un trop de vague malgré un mécontentement de plus en plus grand des Français. La communication postale a su développé un savoir faire indéniable dans les techniques de manipulation : faire croire que rien n’a changé en modifiant le sens des mots et en cachant les vrais chiffres alors que le service public a fondu comme peau de chagrin.  Même dans les grandes villes, le nombre de guichetiers a été divisé par deux. Les files d’attentes se sont allongés.  Il faudrait moderniser  davantage et faire disparaître les guichetiers, de préférence les fonctionnaires ?  Le comble de la modernité, c’est maintenant de mettre des écrans de télévisions pour distraire les usagers au lieu de mettre les effectifs suffisants pour les servir. C’est le service public défendu ardemment par Jean-Paul Bailly. Plus le mensonge est gros, plus ça passe.
 
Pour les postiers, les conditions de travail n’ont jamais été aussi mauvaises avec la suppression des moyens et des effectifs pour faire simplement correctement son travail. Apprendre à bien faire un travail mal fait, ce n’est pas facile à vivre. Essayez.
 
Et ce n’est pas fini. A quoi serviront les futurs bénéfices ? A améliorer les délais d’attentes dans les bureaux de postes ? A fournir aux postiers les moyens de faire correctement leur travail, avec de bons outils informatiques et des moyens humains suffisants ? A développer de nouveaux services ? Non, rien de tout ça. Les richesses produites par les postiers sont détournés pour prendre des positions en Europe avec le rachat d’entreprises du secteur postale. N’est-ce pas un nouvel impérialisme économique ? Jean-Paul Bailly affirme que les postiers français sont prêt à relever le défit. Contre les autres postiers d’Europe ? Contre quel ennemi économique ?  Où sont les valeurs postales tant mises en avant ?
Le changement de statut va fragiliser l’entreprise. Demain, l’Etat très déficitaire pourra toujours vendre ses actions postales au plus offrant, pour le meilleur et surtout pour le pire.
 
Avec la privatisation progressive les services publics vont encore se dégrader dans la continuité de ce qui a déjà été fait,  malgré une communication qui fait croire le contraire. La Poste ne sera plus un service pour tous mais un service pour ceux qui payent.  La Poste déploie sa communication-propagande où tous les arguments vont être utilisés pour défendre le projet et brouiller les cartes sur un fond de valeurs postales.
 

Conclusion de la table ronde
Interrogation : Contre le démantèlement des services publics, comment rendre efficace les actions de résistance éparpillées, isolées, non visible, multiple ?
Proposition : Faire converger les actions de résistance, les mettre en commun : usagers, postiers, syndicats :
 
1- Faire l’inventaire et rendre visible les actions existantes
 
2- En évaluer leurs efficacités
 
3- Réfléchir sur d’autres moyens collectifs d’agir. Imaginer des dispositifs où la créativité puisse se libérer.

 

 
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